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Castets
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De Bordeaux à Toulouse, le canal (193 kms de long – 53 écluses – 7 ponts-canaux – 128m de dénivelé) est appelé « latéral à la Garonne ». Il ne devient canal du midi qu’entre Toulouse et la Méditerranée. Il est d’ailleurs beaucoup plus récent et classé désormais ‘voie verte’,  c’est-à-dire intégralement  praticable à vélo.

De Bordeaux à Toulouse, pas exactement : le canal ne commence qu’à Castets-en-Dorthe, un village en bordure de Garonne, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux. On peut, pour éviter la route, prendre le train jusqu’à Langon. Il reste alors 10 km, avec quelques bonnes côtes si l’on emprunte la route classique, la seule fléchée. La petite « route du bas », dont on m’avait parlé et que j’avais repérée sur une carte, est une bien meilleure option. Elle file toute menue dans la campagne, non loin du fleuve, dans une zone de palus, donc de platitude. Elle longe un mur à l’abandon laissant entrevoir un vieux château en mauvais état mais occupé semble-t-il, puis s’enfonce en serpentant au milieu de bois où le balisage des sentiers invite à la promenade. J’ai hésité 1 fois ou 2, l’endroit est assez désertique et il n’y a pas une seule indication lorsque se présente une bifurcation mais finalement, après un campement de caravanes dissimulé derrière une haie de buissons, et après quelques coups de pédales énergiques, j’aperçois la Garonne et l’embouchure du fameux canal.

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Vacances vertes à vélo : le témoignage de Sophie

Je suis allée à Toulouse en longeant le canal et revenue de la même façon, en visitant les bourgades qui se trouvent sur cet itinéraire, prenant des photos ou rêvassant comme seule une eau dormante peut y convier, mais pédalant beaucoup tout de même, avec un réel bonheur et ce sentiment accru de liberté que procure le vélo en autonomie, mes sacoches pleines de vivres et de mon petit équipement pour les nuits sous la tente.

Castets-en-Dorthe (début du canal, à droite)

Je m’arrête à Lagruère, quelques km plus loin. Il est 18h passé. Tout petit camping en bordure de canal géré par la halte nautique. Bloc sanitaire très sommaire. Je plante ma tente, enfin planter est un grand mot : le sol est extrêmement sec et mes sardines tiennent par l’opération du saint esprit qui souffle jusqu’ici, tant mieux. Heureusement que le vent, lui, est au repos. Douche tiède mais il fait chaud et je m’allonge ensuite sur ma mousse avant de dîner : pâtes en quantité.

Le lendemain, je repars vers 9h. Nuages et ciel bleu en alternance, temps idéal pour pédaler. 

Visite de Damazan, très jolie bastide. 

Pont-canal d’Agen, avec ses reflets argentés

Moissac, le Tarn

Le canal en Haute-Garonne

Moissac, belle étape aussi pour les pèlerins en route vers Compostelle, qui ne manquent pas la visite du cloître.

Grâce à l’inventaire floristique présenté sur un panneau, je peux identifier la salicaire, très présente sur les deux premiers tiers du parcours.

 

 

Le long du canal, quelques panneaux renseignent utilement sur les villes traversées, le kilométrage qui les sépare, les infrastructures qu’elles possèdent, les points d’eau et autres informations précieuses, culturelles ou pratiques. Ici une réserve naturelle ou une bastide, là un atelier-vélo.

Pédaler seule le long de cette eau plus ou moins dormante fut pour moi une partie de plaisir, alors que, habituée à partager ces itinérances, je craignais un peu (mais pas tant que cela au fond) cette solitude : j’y ai trouvé (l’eau y étant pour beaucoup) matière à méditation et sérénité. C’est donc tout naturellement que je m’en suis revenue par le même chemin, goûtant avec autant d’allégresse chaque kilomètre parcouru. 

Je découvre au retour des points de vue qui m’avaient échappé à l’aller

J’y suis vers 16h30. Je commence par longer tout le canal de Brienne. Bien sûr, lorsqu’il débouche sur la Garonne, je me rends compte de mon erreur et fais demi-tour ; il est particulièrement ombragé et donc très agréable par cette chaleur. Le chemin de halage n’est plus aussi facile que la voie verte du canal latéral ! Me voici au départ du canal du midi que j’ai déjà suivi il y a quelques années. Je vais me contenter pour cette fois de traverser Toulouse. Mon itinéraire s’arrête là. Pour cette fois.

 

Le trafic fluvial, touristique, est plutôt calme. Il agrémente le parcours du cycliste itinérant. 

Les ports sont pittoresques. Ils rompent  avec la rectitude parfaite du canal, invitent à la flânerie et l’on comprend que les bateaux y sommeillent, quittant l’un pour aborder l’autre  et y demeurer tranquillement, guère pressés de passer les écluses, moments de tension parfois, d’attention toujours. Les rapports avec les « navigateurs » sont sympathiques, du petit signe de tête ou de la main au bonjour échangé de vive voix, on peut aussi prêter main forte si besoin  - comme cela m’est arrivé, renvoyant une amarre sur le bateau d’une famille nombreuse, les moussaillons étant remontés avant la fin de la manœuvre, pressés sans doute de voguer vers la prochaine écluse ! 

J’y retrouve le jeune couple de cyclistes avec qui je vais bavarder un moment. Ils sont du Havre et sont partis de Libourne. Vont s’arrêter 2 jours à Toulouse puis longeront le canal du midi jusqu’à Sète. Ils me disent que nous avons fait 91km aujourd’hui. Je ne les reverrai pas, partie le matin vers 8h30 alors qu’ils se lèvent juste. Il fait très beau. Ma dernière journée sera parsemée d’arrêts : je commence par chercher une boutique de sport à Castelsarrasin pour m’acheter un short, puis profite du paysage, des ports charmants, du temps qui s’écoule différemment tout le long de ce canal paisible. Je ne suis pas pressée. Je pique-nique sur un banc, à l’ombre, près de la gare de Dieupentale, ma tente étalée au soleil. Longue pause nonchalante. Je parle peu, ayant peu d’interlocuteurs mais je trouve que ce cours d’eau tranquille qu’est le canal se prête très bien à la méditation ou à la vague contemplation.

Les platanes semblent en bonne santé,  j’espère qu’ils seront épargnés par la maladie et le sort qui est fait à ceux du midi 

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La dernière partie du tracé, après le port épatant de Castelsarrasin, est plutôt rectiligne, on traverse peu de villes ou de villages, la végétation est plus clairsemée, les arbres moins élancés, on file vers le Sud et la chaleur et l’on se prend à pédaler plus vite pour échapper au soleil. En Haute-Garonne, même les écluses, moins nombreuses, ont un aspect négligé en raison des maisons éclusières parfois à l’abandon et de ce fait fort inhospitalières. Lorsque de grands entrepôts indiquent une activité industrielle et l’approche de la cité toulousaine, on est pourtant surpris de demeurer toujours un peu « au vert », de longer l’autoroute d’un côté, un champ de tournesols de l’autre ou un zone lacustre, de voir bientôt quelques vieilles péniches qui n’ont plus quitté leur appontement depuis des lustres, habitées cependant, et déjà l’on arrive à Toulouse

Puis de Sérignac avec son clocher hélicoïdal.

 

La pause pique-nique est perturbée par une crevaison. Je suis partie avec une chambre à air que j’ai glissée dans mon sac à dos, à toutes fins utiles. Je suis cependant incapable de réparer moi-même, aussi ne me suis-je pas encombrée d’outils.  Les cyclistes sont assez nombreux en cette saison. Certains sont partis pour plusieurs jours, seuls, en couple ou en famille, souvent bien chargés (sacoches à l’avant aussi, petites remorques) - c’est le cas d’un jeune couple croisé la veille dans mon petit camping et que je vais revoir à plusieurs reprises dans la journée. D’autres profitent du moment présent et sont de simples promeneurs. Ainsi, une très gentille famille franco-polonaise en vacances dans les environs va me venir en aide, collant une rustine sur le trou provoqué par une grosse épine. Je les remercie vivement, termine mon déjeuner, vois passer le couple sympa qui l’a échappé belle, puis replie ma tente après cet intermède et pédale vers Agen. 

Le temps est plus couvert durant l’heure qui suit. J’aime bien le parcours, varié, aux alentours d’Agen et dans la ville. Il fait chaud en milieu d’après-midi et jusqu’à Moissac où je ferai étape, au camping. 

Je suis partie ce matin de Bordeaux, par un beau dimanche de plein été, assez chargée (aux affaires de camping, tente, duvet, popotte et nourriture s'ajoutent quelques vêtements pour mon séjour à Toulouse – je ne peux rester constamment en short).

Après avoir pique-niqué sur les bords du Ciron,  me voici donc en début d’après-midi arrivée à mon vrai point de départ, cette voie que je vais suivre sans jamais risquer de me perdre, délicieusement ombragée, aux courbes douces.

Je ferai de nombreuses haltes au cours de l’après-midi, pour prendre des photos, regarder les bateaux passer une écluse, profiter de l’animation des petits ports.

 

Visite du Mas d’Agenais, sa forte pente, son vieux lavoir, son église collégiale St Vincent dans laquelle on peut « admirer » un Christ en croix peint par Rembrandt (explications étonnantes où il est question d’amour alors qu’Il semble souffrir atrocement, rendant plutôt laid son visage de grand supplicié).